Trop sérieux pour faire le jeu des grands
Assez grand pour affronter la vie
Trop petit pour être malheureux.
- JACQUES HIGELIN -
- Si tu repère quoique ce soit d'anormal, avertit mon père, tu me le signale, et surtout, tu ne le touche pas !
- D'accord.
Nous passâmes une bonne heure à fouiller la chambre de fond en comble, en vain. Rien n'indiquait qu'Angela avait disparu. Charlie enleva ses gants pour les jeter dans la poubelle de la chambre, et je l'imitai.
- Alors, lui demandai-je, une hypothèse ?
- Pas l'ombre d'une... chuchota-t-il. Il n'y a aucune trace, aucun indice ... Étrange, vraiment. Je vais aller au commissariat ouvrir un dossier, je te dépose à la maison, tu dois être éreintée.
- Oui, merci, répondis-je, reconnaissante.
Charlie sortit de la chambre et je le suivis. Je me frottai les mains, les gants étaient recouverts de talc, et mes mains étaient blanches. J'avais donc les yeux baissés vers le sol, quand je remarquai quelque chose d'anormal. Des gouttes de sang sur le sol en lino.
- Papa attends ! criai-je. Viens voir !
Charlie se retourna, surpris par mon ton alarmé. Il s'approcha.
- Regarde par terre. Il y a du sang.
Il s'accroupit et examina les taches avec intérêt. Quand il posa son doigt dessus, je ne pus retenir une grimace de dégoût.
- Alors ? demandai-je, intriguée malgré tout.
- Eh bien ... A première vue, elles datent de plus de 24 heures. Ce qui coïnciderait avec l'heure de l'enlèvement. Mais bien sur, ce ne sont que des suppositions, ajouta t-il en se levant. Je vais faire un saut au commissariat et je reviendrais ici avec la police scientifique.
- D'accord, tu me déposes à la maison !
- Pas de problèmes.
Nous montâmes dans la voiture et Charlie ne tarda pas à rompre le silence.
- Tiens, Bella, plutôt que de rester seule à la maison demain, tu ne voudrais pas aller avec moi chez les - Cullen ? J'aurais besoin de parler à Carlisle.
- Pas de problèmes, répondis-je immédiatement.
- Eh bien ! Que d'enthousiasme tout d'un coup ! plaisanta -il, ce qui me fit rougir.
Je préférais de loin aller voir les Cullen, plutôt que de rester à la maison à me tourner les pouces ... et penser à eux !
- Je te dépose à la maison, je passe la nuit au commissariat, je repasserai te prendre demain matin.
- OK, merci papa ! dis-je en descendant de la voiture.
En allant chez les Cullen, j'espérais éclaircir le mystère qui tournait autour du fameux cri de l'autre soir (bon, d'accord, j'avais aussi envie de me réconcilier avec Edward). Je n'avais pas arrêté d'y penser la nuit dernière, et le hurlement n'avait cessé de résonner à mes oreilles tandis que je me tournais et me retournais sur mon lit en cherchant le sommeil. D'un coté, je redoutais de le réentendre, je ne tenais pas à passer pour une folle devant Carlisle. Heureusement, Charlie serait avec moi...
Il était 22h, nous avions passé 1h30 chez les Weber et j'étais plus qu'éreintée. Je montai dans ma chambre et poussai la porte de ma chambre en fermant les yeux. J'espérais -bêtement- qu'il serait là, assis dans le rocking-chair. J'ouvris lentement les paupières et ris sombrement. Bien entendu, le siège était vide. Aussitôt changée, je me glissais dans mon lit. Ereintée, je m'endormis sans même avoir le temps de penser à Angela.
La porte d'entrée s'ouvrit, ce qui me tira de mon sommeil. Il était environ 9 heures, j'avais dormi plus de 11 heures. Désormais en pleine forme, je me ruai dans l'escalier, avide de nouvelles fraîches.
- Alors, quoi de beau ? demandai-je à mon flic de père.
Je suppose que mon père avait dû dormir quelques heures, car ses yeux n'étaient pas aussi cernés que je ne l'avais imaginé.
- Eh bien, pas grand-chose pour le moment. Mais je sens que la visite chez les Cullen sera déterminante. Prête ?
Je montai à toute vitesse à l'étage, direction la salle de bain. Si je croisais Edward, et mon coeur battit crescendo à la pensée de « mon » vampire, je devais être présentable. Un coup de brosse et un trait de crayon plus tard, je m'asseyais dans la voiture avec Charlie, ce matin pas de petit déjeuner, j'étais trop impatiente. Mon sang bouillonnait et j'étais fébrile. J'avais plusieurs énigmes le feu, et toutes étaient liées, de près ou de loin, aux Cullen. Je souhaitais de tout coeur que cette visite me permettrait d'éclaircir les -trop- nombreux points d'ombres. Charlie ne connaissait pas la route qui conduisait à leur maison et fut surpris de l'exactitude de mes souvenirs quant à l'itinéraire. Nous ne tardâmes pas à arriver chez eux. Mon père fut surpris pas la somptuosité de leur maison, et, c'est impressionné qu'il se dirigea vers la porte d'entrée. Je ne tenais pas en place, et il me réprimanda gentiment, avant de frapper à la porte. Je regardai ma montre, 9h42, et retins mon souffle.
Celle-ci s'ouvrit sur Alice, j'expirai, soulagée. Je mourais d'envie de ne serait-ce que voir Edward, mais parallèlement, j'avais peur de sa réaction. Les sourcils de mon amie se froncèrent sous la surprise, preuve que ce n'en était pas une bonne.
- Euh bonjour mademoiselle, commença mon père.
- Bonjour, répondit-elle, perplexe. Salut Bella.
- Salut.
- Je suis Charlie Swan le père de Bella et aussi le chef de la police municipale, s'exclama t-il en exhibant son insigne. J'enquête sur l'enlèvement d'Angela Weber. J'aimerais poser quelques questions à Carlisle.
Elle parut effrayée un moment, puis son visage se détendit peu à peu. Cependant, je ne pus m'empêcher de remarquer sa pâleur crayeuse et les marbrures -plus mauves que jamais- sous ses yeux.
- Entrez, je vous en prie... dit-elle.
Elle nous conduisit au salon, immense et décoré avec bon goût. J'étais gênée par la conduite de mon père, son regard furetait partout, il avait l'air d'un touriste qui visite un monument, il ne lui manquait plus que l'appareil photo et le short. Un petit coup de coude dans les côtes eut tôt fait de le ramener sur terre. Alice, tout comme Esmé, ne cessait de jeter des coups d'oeil vers l'étage, ce qui n'échappa pas à l'oeil de lynx de Charlie.
- Qu'y a t-il là haut ? s'enquérit-il.
Elle baissa brusquement la tête, embarrassée.
- Mon frère Jasper est malade, et je m'inquiètes un peu pour lui, avoua t-elle.
- Ah, oui, c'est vrai ... Désolé, s'excusa Charlie. Il s'est évanoui hier c'est bien ça ?
- Oui, mais on ne sait pas trop ce qu'il a, il a mal au ventre et à la tête.
Charlie aquiesca, l'air affecté.
- Je peux aller chercher Carlisle si vous voulez, dit Alice, apparament désireuse de retourner aux côtés de son «frère ».
- Si ça ne le dérange pas bien sûr.
- Non non, ajouta t-elle avant de monter les escaliers.
J'étais déçue, la maison semblait vide, hormis Alice, Carlisle et bien sûr Jasper, une fois de plus mes espoirs s'écroulèrent comme un château de cartes. Il devait être au lycée, tout comme Emmett et Rosalie. Cependant, quand Carlisle descendit, je ne pus m'empêcher de sourire. Alice avait dû le prévenir car il ne parut pas surpris de nous voir tous les deux dans son salon, pauvres humains dans sa magnifique villa, aussi déplacés que deux éléphants dans un magasin de porcelaine.