4 . Tensions

       4 . Tensions

Bon silence vaut mieux que mauvaise dispute
- Proverbe russe -


Le week-end passa lentement. Très lentement. J'allais voir un match de base-ball avec Charlie dimanche après-midi, ce qui détendit un peu l'atmosphère tendue présente entre nous. Je passai le reste de mon dimanche à travailler. Et à penser à Edward. J'attendais le lundi avec impatience.

Et ce fut lundi. Comme tous les matins, Edward m'attendais dehors pour me déposer au lycée. Notre arrivée attira les foules, c'est qu'à Forks la vie est plutôt... monotone, sauf depuis que je connaissais Edward. J'eus droit à de nombreux « Mais t'étais passés où ? », « Toute seule avec Cullen ? », ou encore à quelques « Vous avez du en profiter non ? » assortis d'un clin d'oeil entendu. Mais je n'y prêtais pas attention. Edward et moi racontiions qu'il avait été gravement malade et qu'il avait du être transféré dans un plus grand hôpital que celui de Forks, je l'avais accompagné, et un mot de Carlisle attestait notre mensonge éhonté. Comble de la surprise, tout le monde goba.

J'étais contente de retrouver mes copines. Jessica ne tarda pas à m'informer des scoops des deux dernières semaines. Angela, plus calme me proposa de me prêter ses cours. Le cours d'histoire fut un véritable supplice. Jessica me racontait avec moult détails son premier baiser avec Mike. Quand elle se rendit compte que je ne l'écoutait pas, elle changea de front et me bombarda de questions sur ce que j'avais fait les deux dernières semaines. Excédée, je ne lui répondais que par oui et par non, et elle arrêta soudain de me parler. Je la regardai, surprise et constata qu'elle me faisait la tête. Tant pis, songeai-je. Au moins, j'aurais la paix.
Le dernier cour de la matinée s'acheva enfin et je me précipitai à la cafétéria. Edward m'attendait, appuyé au mur, le sourire au lèvres. J'essayai de réfréner mon désir, je serrai juste sa main, sans doute un peu trop fort car il m'adressa un sourire entendu. Je me dirigeai vers la table d'Edward quand une main s'abattit sur mon épaule. Je me retournai, un peu énervée. C'était Jessica, je me radoucis.
- Bella, est-ce que tu peux manger avec moi et Angela ce midi ?
- Mais, Edwa ...
- Non Bella, pas ce midi s'il te plaît, m'interrompit-elle. Il faudrait qu'on parle.
Elle avait l'air très sérieuse aussi, j'obtempérai. Je me demandais bien ce qu'elle avait à me dire. Résignée, je me dirigeais vers la table d'Edward. Il me sourit, croyant que je le rejoignais.
- Qu'est-ce qu'elle te voulait ?
- Euh, Edward ... Elle voudrait manger avec moi ce midi.
- Ah bon ? Il paraissait étonné. Mais pourquoi ?
- Très franchement je me le demande, mais bon... Désolée de te laisser tout seul, lui lançai-je avec un petit sourire contrit.
- Pas de problème, on se retrouve en SVT de toute façon...
- Oui. A tout à l'heure alors !
Et le sourire qu'il me fit à ce moment-là me ravagea le coeur. Je serai restée des heures à le regarder me sourire, encore et encore si Jessica n'étais pas venue se rappeler à mon bon souvenir.
-Euh, Bella ... On a pas toute la nuit.
- Ah, oui j'arrive. A tout à l'heure, chuchotai-je à Edward en partant.
- Je t'aime, me répondit-il.
Je traversai toute la cafétéria pour rejoindre la table d'Angela et de Jessica. Quand je posai mon plateau, je réalisai que je n'avais pas mangé avec elles depuis des mois. Un peu piteuse, je m'assit. Angela avait l'air gênée, elle jouait avec sa fourchette en jetant des coups d'oeil en coin à Jessica.
- Bon, Bella ... Ca fait un peu de temps déjà que nous voulions te parler, commença celle-ci.
- Que tu voulais lui parler, rectifia Angela en insistant sur le « tu ».
- Angela, tu es aussi concernée que moi. Bref, voilà, on trouve que tu est trop avec Cullen.
- Edward, rectifiai-je d'une petite voix.
A vrai dire, je m'y attendais un peu. C'est vrai que je n'avais pas été souvent avec elles depuis que je sortais avec Edward. Mais entendre Jessica le dire aussi franchement me secoua un peu.
- Écoute, je comprends que tu puisses être très amoureuse, et c'est normal, mais quand même ! J'ai l'impression que ces temps-ci tu oublies que nous sommes tes amies. Tu ne manges plus avec nous, en cours tu nous parle à peine, le week-end, tu est avec lui.
Elle avait l'air peinée, et je m'en voulu d'avoir agi comme ça.
- Je sais les filles, je n'ai pas été très cool... J'ai passé beaucoup de temps collée à Edward et je vous ai laissées tomber. Je suis désolée.
Je baissai la tête, honteuse.
- Bella, tes excuses, on s'en fiche un peu, dit Jessica.
- Non !la coupa Angela. Non, moi je ne m'en fiche pas Bella.
Je lui adressai un sourire reconnaissant.
- S'il te plaît Angela, tu peux arrêter de la soutenir tout le temps ! Elle n'a plus trois ans, je pense qu'elle peut se débrouiller toute seule ! Jessica était énervée. Et je commençai à l'être aussi.
- D'accord, Jess, qu'est-ce que tu veux ? lui demandai-je, sur un ton un peu acerbe.
- Que tu arrêtes de le fréquenter.
Je relevai la tête, muette. Angela ne disait plus rien non plus. Jessica blaguait. Ce ne pouvait être qu'une mauvaise blague.
- Quoi ? demandai-je quand même.
- Oui, il faut que tu arrêtes d'être constamment avec à lui.
- Comment est-ce que tu peux lui demander ça ? Angela était indignée. Jessica, tu dis n'importe quoi ! Imagine qu'on te demande de rompre avec Mike ? Comment tu réagirais ?
- La question n'est pas là, répondit Jessica sur un ton excédé. On parle de Bella et de son petit ami. Alors Bella ? Tu en penses quoi ?
Je n'avais encore rien dit. Je fixai mes mains. Elle avait lancé « petit ami » sur un ton volontairement provocateur. Et j'étais en colère.
- Jessica, j'espère que tu n'es pas assez bête pour croire que je vais t'obéir ? Je fermai les yeux pour me calmer. Je ne casserai avec Edward que lorsque j'en aura envie et sache que ça n'est pas prêt d'arriver. Si tu me demandes de choisir entre celui que j'aime et mes amies, c'est que tu n'est pas une vraie copine. Alors c'est sans aucun regret que je vais rejoindre mon « petit ami ».
Je me levai de table, sans un regard pour Jessica. Je lançais un petit « Désolé » à Angela qui me rassura d'un signe de tête. Et je rejoignis Edward.



# Posté le lundi 31 mars 2008 14:57

Modifié le dimanche 06 avril 2008 09:05

5 - Solitude

5 - Solitude
L'ennui est le malheur des gens heureux.
- Horace Walpole -


----------Je posai mon plateau un peu trop violemment sur la table ce qui le fit sourire. Je m'assis lentement, bien décidée à me contrôler.
-Alors ? demanda-t-il. Qu'as tu de beau à m'apprendre ?
- Pas grand-chose, j'en ai peur...
Il sourit de nouveau, ce qui me mit la puce à l'oreille.
- De toute façon, tu dois être au courant non ? demandai-je d'un ton désinvolte.
- Comment pourrai-je être au courant ? Tu ne m'a encore rien dit.
Si je ne le connaissais pas si bien, je l'aurais cru. Hélas pour lui, je l'avais démasqué.
- Allez, tu a écouté la conversation, avoue !
- Bon, oui, d'accord... J'ai écouté les pensées de Jessica. Elle était vraiment furieuse quand tu es partie !
Même si ce don m'énervait un peu, j'étais contente qu'Edward soit au courant de la dispute. J'étais fatiguée et pas vraiment en état de tout lui répéter.
- Et tu en penses quoi ? dis-je en picorant mon pain.
- Eh bien... Je ne l'imaginais pas comme ça ! Mais c'est bête de vous faire la tête pour si peu.
Son ton était peiné, comme s'il culpabilisait, mais à mieux le regarder, il arborait un petit sourire satisfait.
- Edward, tu n'es pas « si peu », murmurai-je. Je lui pris la main, j'avais besoin de le toucher. Tant pis pour elle. Elle n'avait pas à me demander de choisir. Je n'ai pas de regrets d'être partie. Mais par contre, ajoutai-je tristement, je pense que notre plan pour le week-end prochain tombe à l'eau... Je suis désolée ...
- Ne t'inquiètes pas, objecta Edward en souriant, nous en aurons des week-end tous les deux...
Une fois de plus, il avait réussi à me rendre le sourire. La perspective d'un nombre infini de jours à partager avec lui m'emplissait d'allégresse.
- Enfin, pour le moment le problème, c'est plutôt Jessica, reprit-il.
Je regardais justement sa table et constatai avec satisfaction qu'elle était en train de se disputer avec Angela. Tout à coup, Edward se leva. Je le regardai, surprise.
- Où vas-tu ?
- Bella, les cours commencent dans cinq minutes...
Décidément, je perdais toute notion du temps quand j'étais avec lui.

----------- L'après-midi se déroula avec une lenteur désespérante. Je ne parlai plus à Jessica et constatai avec satisfaction qu'Angela non plus. La journée s'acheva enfin. Quand je sortis du lycée à 17h, il pleuvait des cordes, aussi, je me précipitai dans la Volvo d'Edward. Je refermais la portière avec soulagement et fermai les yeux, épuisée. La voiture démarra sans bruit.
- Alors, et ce cours de sport ? me demanda-t-il, aussi sérieux que possible.
Quand je lui avouai que j'avais failli blessé le prof avec ma raquette de ping-pong il explosa d'un rire tonitruant. Tout le monde s'était déjà moqué de moi en sport, aussi, je me tu, vexée.
- Désolé Bella, mais c'est impossible de ne pas rire. Tu ne fais vraiment pas exprès ?
- Non... C'est juste que le sport et moi c'est...
- Incompatible, compléta-t-il en pouffant.
- Oui, je crois que c'est le mot.

Quand il me déposa chez moi, je constatai que la porte d'entrée était fermée à clé. Charlie n'était pas encore rentré. J'appréhendai un peu son retour, la distance entre nous me mettait vraiment mal à l'aise. Mais je reçu un coup de fil aux alentours de 19h. C'était lui. Il mangerait au boulot, il était sur un dossier apparemment important. Je souris tristement en raccrochant. Il m'évitait... En me couchant, j'écoutai le silence pesant qui régnait dans la maison. Je m'endormis sans qu'un bruit soit venu le troubler.
La journée mardi passa aussi lentement que celle du lundi. Je renonçai encore une fois à déjeuner avec Edward et partageai mon repas avec Angela. Elle aussi était en colère contre Jessica, laquelle ne cessait de nous jeter des regards de biais. Mais je l'ignorai royalement, décidée à attendre ses excuses.

Je trouvai Mike plutôt maussade en sport, je m'étais habituée à sa bonne humeur et le voir comme ça me gênait. Je pris mon courage à deux mains et alla lui parler.
- Euh Mike ?
- Quoi ? maugréa-t-il.
- Quelque chose ne va pas ?
J'essayai d'être aimable, quand c'est moi qui n'étais pas en forme, Mike savait toujours me réconforter.
- Tu sais, tu peux me parler, lui dis-je doucement.
- Lâche-moi Bella OK ?
Je le regardai, interdite. C'était la première fois qu'il me parlait comme ça. Il avait l'air fatigué, mais ça n'était en aucun cas une raison pour me parler de cette manière. Je me retournai, sans mot dire, trop énervée pour répliquer.

En rentrant à la maison, je vis que la voiture de police n'était pas là. Il était 18h, et Charlie n'était toujours pas rentré. Je montai péniblement les escaliers, et me laissai tomber lourdement sur mon lit. D'abord Charlie, puis Jessica et pour finir, Mike. Je ne pu soudain plus me retenir et je laissai les larmes couler librement sur mes joues. Je sanglotai pendant une bonne dizaine de minutes avant de sombrer dans le sommeil.

La première chose que je vis en ouvrant les yeux fut mon réveil. 22h. J'avais dormi plus de trois
heures, quelle horreur. Et je peux vous affirmer que le proverbe « La nuit porte conseil » est complètement faux. Mes problèmes me semblaient encore plus compliqués et je n'avais qu'une envie, me précipiter chez les Cullen pour me blottir dans les bras d'Edward. J'ouvris un peu plus les yeux. En effet, il était tard, ma chambre était plongée dans la pénombre et rien ne se détachait de l'obscurité a part les chiffres lumineux de mon radio-réveil. Et une tache blafarde. Située au niveau de mon rocking-chair. Je m'assis doucement, pas sûre de m'être bien réveillée. Mais quand la tache blanche s'approcha et se fendit en un sourire, je poussai un petit cri.

# Posté le dimanche 06 avril 2008 08:09

Modifié le dimanche 06 avril 2008 09:28

6 . Coup de théâtre

6 . Coup de théâtre

Le destin bat les cartes, mais c'est nous qui les jouerons
- Bernard Moissetier -

- Edwa...
Mais le doigt qu'il posa sur ma bouche m'empêcha de parler.
- Ton père est rentré vers il y a environ deux heures et il regarde la télé. Recouche-toi...
Je le regardai d'un oeil sans doute un peu trop alarmé car il me rassura tout de suite.
- Ne t'inquiètes pas Bella ... Je reste encore avec toi, me chuchota-t-il, tout sourire.

Rassénérée, je m'allongeai et Edward ne tarda pas à m'imiter. Nous étions face à face, serrés l'un contre l'autre et nos souffles se mêlaient. J'étais désormais sereine. Sa proximité me rendait parfois fébrile, à d'autres moments, elle avait le don de m'apaiser. Et dans ma tête, toute la place occupée par mes soucis était désormais réservée à Edward. A son visage. A son sourire. Il me prit doucement les mains et les portèrent à sa bouche. Je le laissai faire, plus amoureuse que jamais. Ses lèvres sur mes mains me firent l'effet de glaçons. Il les reposa et son visage s'approcha lentement du mien. Il s'arrêta un instant, je savais qu'il se « testait ». Tout semblait bien aller car il reprit lentement sa progression. Je cru que mon coeur allait exploser . Quand il m'embrassa, mes bras s'enroulèrent d'eux-mêmes autour de lui. Edward fit de même et j'étais désormais au bord de l'infarctus. Mais quelle belle mort, songeai-je en lui rendant son baiser. Dans les bras de celui que j'aime... Ses mains commençaient à explorer mon dos quand il s'immobilisa. Je tendis l'oreille, soudain alerte. Des pas lourds montaient l'escalier. Charlie. Pourquoi fallait toujours qu'il arrive au mauvais moment ? Edward se glissa sans bruit hors du lit et mes mains ne le lâchèrent qu'à regret. Je vis ses yeux mordorés étinceler dans l'obscurité avant qu'il disparaisse. Je me retournai face au mur, boudeuse. J'entrevis un rai de lumière sous ma porte et Charlie alla se coucher. Mon coeur repris lentement son rythme normal et, épuisée par tant d'émotions, je m'endormis rapidement.

Je me levai de bonne humeur. Quand j'ouvris mes fenêtres, l'air était relativement chaud et le soleil était déjà là. Je croisai Charlie juste avant qu'il parte et mon « Bonjour ! » joyeux le rendit perplexe. La journée s'écoula rapidement. Je m'assis à coté de Jessica en maths, bien décidée à ne pas lui adresser la parole. Quand je vis qu'elle pleurait. Je la regardai, intriguée. Elle avait mis sa tête dans ses mains et je voyais juste son dos s'agiter de soubresauts. Officiellement, je ne lui parlait plus, mais la voir dans cet état me faisait mal au coeur.
- Jessica ?
Elle releva doucement la tête. Elle avait vraiment l'air malheureuse.
- Quoi ? Qu'est-ce que tu me veux encore ?
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Tu veux savoir ce qui se passe ? Voilà, Mike et moi, c'est fini !
Elle replongea la tête dans ses bras. Pour le coup, j'étais vraiment étonnée. Ils avaient l'air amoureux pourtant. Pauvre Jessica, j'étais mal pour elle. Cela expliquait quand même la conduite de Mike hier soir, il devait être d'humeur morose lui aussi...
Je lui tendis ma main, et après qu'elle l'ait scrutée pendant deux bonnes minutes, hésitant à la saisir comme si sa vie allait en dépendre, elle la prit et la serra, tout en me jetant un regard reconnaissant. Nous discutâmes toutes les deux pendant près d'une heure et à la fin, nous étions réconciliées. Bien sûr, elle était toujours malheureuse, mais elle avait une amie à qui se confier maintenant. Et nous recommençâmes à rire comme avant.

C'est drôle comme le temps passe vite quand on s'amuse. Je m'amusai plutôt justement, jusqu'au cours de sport. Je remarquai que Mike me regardait bizarrement. Jessica quand à elle l'ignorait totalement. Je me fis remarquer une fois de plus pour mon «extraordinaire gaucherie » selon le prof de sport. Quel idiot. Mais aujourd'hui, rien ne pouvait me départir de ma bonne humeur. Tout allait bien. Jusqu'à le fin du cours. Le prof donna enfin le coup de sifflet salvateur et le match de basket s'arrêta. Je n'avais blessé personne, j'avais même marqué un panier ! Contre l'équipe adverse, d'accord, mais j'avais marqué. J'avais hâte de raconter ça à Edward. Je pensai justement à lui en me dirigeant vers les vestiaires quand on m'interpella. Je me retournai, intriguée.
- Bella, tu peux venir voir s'il te plaît ?
C'était Mike. Jessica, qui était avec moi s'éloigna aussitôt, comme si elle avait peur d'être contaminée. J'étais plutôt contente, il voulait sans doute s'excuser pour son attitude de la veille. Je m'approchai, souriante. Il me prit par le poignet et m'emmena à l'écart.
- Je ne sais pas trop comment te le dire mais bon... Je suppose que c'est la meilleure manière pour que tu comprennes.

Et il m'embrassa.


# Posté le jeudi 10 avril 2008 10:08

7 . Persévérance

7 . Persévérance
Il n'y a pas six ou sept merveilles dans le monde ; Il n'y en a qu'une : c'est l'amour. .
- Jacques Prévert -


J e sentis sa bouche se poser sur la mienne. Et j'étais surprise, elle était tiède, contrairement à celle d'Edward. Il traduisit mon manque de réaction par une invitation à continuer et il reprit de plus belle. Je ne mentirai pas, c'était agréable. Mais j'émergeai rapidement et je le repoussai. Trop tard. Je vis le regard de Mike fixer un point derrière mes épaules et je me retournai lentement. Oh non...
Le visage de Jessica reflétait un mélange de stupeur et de chagrin mais c'était le dégoût qui dominait.
- Écoute Jessica ! Ce n'est vraiment pas ce que tu crois ! Je n'ai rien demandé moi, c'est Mike ...
Je me retournai vers l'intéréssé. Il semblait mal à l'aise mais pas prêt à intervenir.
- C'est facile de rejeter la faute sur les autres hein ? De toute façon vous ne valez pas mieux l'un que l'autre... Ca ne m'étonne pas de Mike, lança-t-elle, les yeux brillants de colère. Mais toi ! Comme ça tu n'as pas assez d'Edward ! Tu me dégoûtes...
Et elle partit sans me laisser le temps de répondre. Je couru pour la rejoindre sans un regard pour Mike. Quel idiot ! Je n'étais pas prête à lui pardonner. Mais j'avais des explications à donner à Jessica. Quand j'entrai dans les vestiaires, elle commençais à se rhabiller.
- Jessica, écoute...
- Non Bella. J'avais de nouveau confiance en toi. J'étais contente qu'on se soit réconciliées, et toi, tout ce que tu trouves à faire c'est d'embrasser Mike quand j'ai le dos tourné !
- Je te l'ai déjà dit, ça ne s'est pas passé comme ça.
- Je m'en fiche. Je ne tiens plus à te parler, ne gaspille pas ta salive pour moi.
- Mais laisse moi au moins t'expliquer !
Mais elle mit son manteau, prit son sac et sortit des vestiaires sans un regard pour moi.
Bravo Bella, pensai-je. Encore une fois, tu as tout perdu...

J'étais dans un état second, mon cerveau mettait du temps à digérer les dernières nouvelles. Je traversai la cour du lycée en marchant le plus lentement possible. Contre toute attente, je n'avais pas spécialement envie de revoir Edward. J'étais un peu perturbée et sa présence n'arrangerait sûrement pas les choses. Et surtout, songeai-je, j'avais honte. Je savais qu'il ne supportait pas Mike, et savoir qu'il m'avait embrassé contre mon gré n'arrangerait sûrement pas les choses... Contre mon gré ... Je ne m'étais pas montrée particulièrement hostile pourtant, me chuchota une petite voix. Mais si ! Je l'avais repoussé ! J'essayai tant bien que mal de me donner bonne conscience, mais en vain. Oui, je l'avais repoussé, mais trop tard.

Mon humeur s'était assombrie, tout comme le temps. Le ciel si bleu ce matin était maintenant gris. Pas de ce beau gris perle qui précédait la neige, mais gris anthracite, annonciateur de tempête. Je me retournai pour voir si j'étais seule. En effet la cour était déserte. Le ciel d'orage donnait au parc une magnifique couleur verte et le vent ridait la surface du lac. La pluie commença à tomber. Doucement d'abord, puis, de plus en plus fort. Je restai dessous et quelques instants plus tard, j'étais trempée. Je me sentais comme une gamine de trois ans qui découvre que l'eau mouille. Fragile. Innocente. J'avisai soudain un arbre, seul, au bord du plan d'eau. C'était un saule pleureur. Je ne pu m'empêcher de sourire tristement, il me ressemblait tellement. Prise d'une envie soudaine, je couru me réfugier sous ses feuilles. Comme un parapluie, les feuilles du saule créaient une protection contre la pluie, et elles retombaient presque jusqu'au sol. A l'intérieur, l'herbe était sèche. Je m'appuyai contre le tronc et je fermai les yeux.
Le destin jouais au yo-yo avec moi ces temps-ci. Hier soir, je pleurais, ce matin je riais de nouveau pour avoir encore une fois le moral plus bas que terre ce soir.
Le vent criait, la pluie sifflait, mais le feuillage épais du saule me protégeait des intempéries.
Depuis que j'avais rencontré Edward, ma vie avait changée ... Quand j'étais arrivée à Forks l'année dernière, je m'attendais à mener une petite vie tranquille mais c'était tout le contraire ... Malgré tout, je ne pu m'empêcher de sourire.
Allez, courage ma belle. Ca n'est qu'un mauvais moment à passer tu verras, me dis-je en me levant péniblement. J'écartai les feuilles du saule, comme des rideaux. La pluie tombait toujours aussi dru, aussi, je courus le plus vite que je pouvais jusqu'au parking.

La voiture grise était une des dernières. Et si Edward avait lu dans les pensées de Jessica, ou pire, de Mike ? Je me mis à angoisser. En montant dans la voiture, je senti mes craintes se confirmer, Edward me regardait, visiblement en colère, mais quand ses yeux me détaillèrent, ils s'arrondirent de surprise. A la fois inquiète et soulagée, je me regardai dans le miroir de courtoisie. Ma propre tête me fit peur, j'avais l'air d'une noyée.
- Rassure moi Bella, tu n'es pas allée nager la brasse dans l'étang au moins ?
- Non non, j'ai juste couru sous la pluie... Et puis, je ne sais pas nager... avouai-je, honteuse. Ce qui eut une nouvelle fois le don de déclencher ses rires.
Nous discutâmes de tout et de rien, mais j'évitais plus que tout de lui parler de Mike, j'étais déjà trop heureuse qu'il ne fut au courant de rien, ou tout du moins, s'il savait quelque chose, il ne m'en dit rien. Quand il me déposa à la maison, la pluie avait fini de tomber. Et Charlie était rentré.


# Posté le samedi 19 avril 2008 04:47

Modifié le lundi 28 juillet 2008 14:58

8 . Absence

8 . Absence
Les yeux sont les fenêtres de l'âme.
- Georges Rodenbach -

Cependant, un lundi matin, en arrivant au lycée, je constatai qu'elle n'était pas là. Ca n'était pas la première fois mais je pouvais d'habitude compter sur Jessica. Pas aujourd'hui. Ni sans doute demain. Je songeai, amère, que je ne pourrais sans doute plus compter sur elle. Angela n'était pas la seule à manquer aujourd'hui, il y avait au total cinq absents dans ma classe et mon prof d'histoire évoqua la possibilité d'une épidémie de grippe. Le temps s'écoulait étonnement lentement et je passais la matinée les yeux rivés à ma montre. Je sentais les yeux de Jessica me vriller le dos et je prenais vraiment sur moi pour ne pas me retourner car je savais que mes tentatives de réconciliations seraient une fois de plus vaines. Elle ne me parlait plus, ne me regardait plus en face, elle et moi, c'était fini. Heureusement, j'avais Edward.
En arrivant à la cafétéria, je souris pour la première fois de la matinée. Le voir appuyé au mur avec ce mélange de nonchalance et de grâce me faisait toujours du bien. Mais mon sourire s'affaissa quand je m'approchai de lui. Contrairement à son habitude, son visage était sombre, voilé. Ses mâchoires étaient contractées, ses pupilles noires et sa peau plus blafarde que jamais. Je ne pus m'empêcher de frissonner. Quand il me vit, il essaya de se donner un air détendu, mais je sentis qu'il y avait un souci.
- Tout va bien ? m'enquis-je.
- Oui. Enfin, presque ..., me répondit-il d'une voix qu'il tenta de rendre légère.
- Qu ..., commençai-je.
- On s'installe et je t'explique après, m'interrompit Edward.
Il me sourit mais son rictus ne me mit pas plus à l'aise, bien au contraire. Tout en me servant en crudités, je respirai lentement pour me décontracter. Mais je ne pu m'empêcher de m'inquiéter, je l'avais rarement vu aussi tendu. Et le fait qu'il essaie de le camoufler me mettait mal à l'aise.
Nous nous assîmes en même temps et il entama prudemment la conversation.
- Ta matinée s'est bien passée ?
- Angela est absente alors je me retrouve un peu seule. Mais tout va bien quand même ne t'inquiètes pas ! le rassurai-je aussitôt.
Un voile inquiet avait traversé son visage quand j'avais évoqué l'absence d'Angela. Il pensait sans doute que je ne savais pas me débrouiller seule. Je ris intérieurement.
- De toute façon, ça n'est pas la seule, ils sont cinq à manquer dans ma classe. Apparemment, ce serait la grippe, continuai-je, plus enjouée.
- Oui, il y a aussi des absents dans la mienne, ajouta Edward.
Il tripotait ses carottes râpées sans conviction. Je me rendis compte que j'étais affamée et je ne tarda pas à dévorer les miennes. Quand j'eus vidé mon assiette, je poursuivis la conversation.
- Alors, qu'est ce qui se passe ? demandai-je à Edward.
- Rien, pourquoi ?
Je le regardai en souriant, désabusée. C'est ça. Il ne se passait rien et moi j'étais la reine d'Angleterre. Et il pensait vraiment que j'allais le croire ?
Il évitait de croiser mon regard, comme s'il me cachait quelque chose. Je remarqua qu'il jetai sans cesse des coups d'oeil en coin à la table de ses frères et soeurs. Je l'imitai et m'aperçus qu'à la place de quatre ils n'étaient aujourd'hui que deux. Rosalie, la blonde sculpturale et Emmett le colosse ... Il y avait sur tous leur visage un air affligé... et Alice et Jasper était absent. Ca y est, j'avais percé le « mystère ». Je me retournai vers Edward, triomphante. Quand il remarqua mon attitude, il ne pu s'empêcher de sourire.
- Eh bien ? A quoi est dû ce sourire bravache ?
- Je sais pourquoi tu es comme ça.
- Comme ça quoi ?
- Je ne sais pas comment le dire ... Tu ne me fais que des demi-sourires, tu es crispé, et tes yeux ont rarement été aussi noirs. Bref, ça ne va pas.. Et je sais ce qui se passe ! conclu-je.
- Et tu va me le dire...
- Eh bien tu t'inquiètes parce que Jasper et Alice sont absents.
Comme quand j'avais évoqué l'absence d'Angela, un voile inquiet assombrit momentanément son visage, avant qu'il masque ses émotions derrière un sourire affable. Mais ses mains le trahissaient, et, comme à chaque fois qu'il y avait un souci, elles étaient crispées sur le bord de la table. Ses articulations déjà blafardes à l'origine blanchirent encore plus et je me mit à m'inquiéter pour la table.
- Mais... pourquoi ?
Je me mit à m'inquiéter. Ils avaient peut-être eu un accident ou autre chose.
- Disons... qu'il est malade.
- Ah ! C'est juste ça ! Et pourquoi Alice n'est pas là ?
- Elle est restée à la maison pour s'occuper de lui.
J'étais soulagée, j'avais imaginé bien pire.
- Pas la peine de s'inquiéter à ce point là. Tu sais ça arrive à tout le monde, et puis il y a une épidémie, ça n'est pas étonnant, continuai-je.
Le regard lourd et excédé que me lança Edward me fit regretter de ne pas pouvoir disparaître.
- Si Bella. Ca a tout d'étonnant. Car si vous, les humains, tombez malade pour un oui ou pour un non, chez nous, le fait est rarissime.
Le ton dédaigneux sur lequel il avait prononcé le mot « humains » me fit rougir. Je repris la parole, soucieuse de ne pas le vexer.
- Et ... qu'est-ce qu'à Jasper ?
- Eh bien, déjà hier soir il nous a dit qu'il ne se sentait pas très bien. Il n'arrivait plus à se servir de son don et il se plaignait de maux de tête. Carlisle l'a examiné et lui a détecté des symptômes étranges... Jasper se plaignait donc d'avoir mal à la tête, mais il avait aussi des douleurs abdominales. Et, plus grave, il s'est évanoui.
Edward s'interrompit, le visage ravagé par le chagrin. Je sentais cette fois-ci qu'il ne simulait pas, sa tristesse était sincère. Je lui prit lentement la main, pour le réconforter, mais il la repoussa, comme si j'étais moi aussi porteuse d'une maladie contagieuse. Même s'il m'avait vexé, je voulais en savoir plus.
- Et ... il va mieux ?
- Il ne s'est pas réveillé.
- Ah ... C'était donc ça le « problème ». Le désespoir d'Edward me rendait malheureuse, et j'essayai de croiser son regard. Il fuyait toujours le mien, et je mit ça sur le compte de la tristesse.
- Je pourrais peut-être passer le voir ? suggérai-je.
Il s'emporta.
- Non Bella. Ni toi ni personne d'accord ? Son état ne lui permet pas de recevoir de la visite, et Carlisle et constamment à son chevet, ne t'inquiètes pas. Maintenant, si tu le permets, j'aimerais aller m'asseoir un peu avec mes frères et soeurs.
Et il se leva. Sa réaction m'avait laissé interdite. Je fixai sans le voir, le rebord de la table, à l'endroit exact où Edward avait crispé ses mains. Ses doigts avaient laissés leur empreinte... Pourquoi m'avait il parlé ainsi ? Mon coeur se serra.


# Posté le mercredi 23 avril 2008 12:33

Modifié le lundi 19 mai 2008 14:55