Un père n'est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c'est celui qui donne l'amour
- Denis Lord -
Je pris mon courage à deux mains et appuyai sur le bouton. Une sonnerie stridente vrilla mes tympans. J'entendis des bruits de pas. La porte s'ouvrit sur un homme d'une quarantaine d'années, peut-être plus. Il était plutôt grand, un peu dégingandé. Il venait de se lever : il était en peignoir et ses joues étaient mal rasées. Son visage était imprégné d'un je-ne-sais-quoi de mélancolique. Il parut d'abord surpris de me voir. Recevoir de la visite à 6h30 du matin était peu commun, je vous l'accorde. Mais quand il me reconnut, sa surprise se mua en tristesse.
- Bella...
Les premières larmes firent leur apparition sur mes joues. Timides d'abord, mais, quand l'homme me prit dans ses bras, je pleurai pour de bon. Charlie. Mon père. Je ne m'étais pas encore rendue compte à quel point il m'avait manqué.
- Papa... Je suis... désolée... tellement, tellement...
Ma voix était entrecoupée de sanglots, je m'en voulais de réagir comme ça.
- Ne t'inquiètes pas. Ca va, ça va... Il me caressait les cheveux et me rassurait comme si j'étais une gamine de 6 ans, ce qui était une première, pour moi comme pour lui. Charlie n'avait jamais été quelqu'un de très démonstratif et me serrer dans ses bras relevait du quasi-miracle. Notre étreinte dura longtemps. Mes larmes avaient cessées de couler.
- Ca va mieux papa, tu peux me lâcher maintenant, sinon, on va pas tarder à entendre jouer les violons.
Ma plaisanterie le fit à peine sourire, mais il me relâcha et m'invita à rentrer.
Je pénétrais dans le salon. Rien n'avait changé. C'est comme si je n'étais pas partie. Ca me faisait tout bizarre d'être là. La dernière fois que j'avais passé le seuil de la porte c'était pour fuir la maison. Et Charlie. Bien sur, les circonstances étaient un peu spéciales, j'avais un vampire assoiffé à mes trousses et fuir de la maison était censé protéger mon père, cela faisait partie du plan. Mais officiellement, rien de tout cela ne s'était passé. Pour Charlie, j'étais partie parce que je n'aimais plus Forks, parce que je ne l'aimais plus. J'avais préféré fuir avec Edward. Et les blessures dues à l'attaque de James avait été camouflée sous une soi-disant chute que j'avais faite en tombant dans l'escalier (ce qui est tout à fait plausible vu mon incapacité à tenir debout). Je l'avais quitté lâchement, comme ma mère. Comme ma mère, je l'avais blessé et je le regrettais profondément.
J'entrais dans la cuisine. En effet, Charlie venait de se lever : la radio allumée vantait les mérites d'une marque de dentifrice et la cafetière était encore pleine et fumante.
- Vas-y Bella. Pose tes affaires.
J'avais juste pris mon sac à main. Je le posai sur une chaise, enlevai ma veste et vint m'asseoir à table avec lui. Il me demanda si je voulais boire quelque chose.
- Une petite tasse de café alors.
Il se leva pour en sortir une, qu'il remplit et me donna. Le journal était ouvert sur la table mais il ne le lu pas. Il attendait que je parle.
- Bon, Cha ... Papa, je te dois des explications. Je suis partie sur... sur un coup de tête. Je sais, mon attitude est inexcusable. Mais je veux quand même que tu comprennes.
J'avais du mal à trouver les mots justes. J'hésitai et le regard de mon père me faisait perdre mes moyens. Je lisais dans ses yeux qu'il était soulagé que je sois là, mais triste et déçu aussi. Il ne me regardait plus comme avant, avec ce mélange de compréhension et de perplexité. Ce matin, même si je savais qu'il m'écoutait, j'avais l'impression qu'il s'en fichait un peu. Je voulais quand même lui raconter mon histoire, je repris.
- Voilà, tu sais que ces derniers temps, j'étais très proche de Jessica. On était souvent fourrées ensemble et c'était ma meilleure amie ici. Mais à cause d'une idiote histoire de garçon, on s'est disputées toutes les deux. Et j'ai cru que je ne pouvais plus compter sur personne ici. J'étais vraiment en colère. Contre Jessica qui me faisait la tête, la pluie, toi... Et quand Edward est venu me chercher en voiture je lui en ai parlé et il a proposé de partir. Attention hein ! Ca n'est pas de sa faute si je suis partie ! Bref, on a décidé de quitter Forks quelques temps, pour que je me calme. Et voilà, aujourd'hui je suis revenue parce que je me suis rappelé qu'à Forks, j'aurais toujours quelqu'un sur qui compter... Toi.
Charlie avait écouté mon monologue et il buvait maintenant son café. Il reposa la tasse vide.
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